Depuis le 1er janvier 2026, les versements volontaires effectués sur un plan d'épargne retraite (PER) après le 70e anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles du revenu imposable. Cette réforme, inscrite dans la loi de finances 2026 à l'article 163 quatervicies du Code général des impôts, met fin à un avantage fiscal utilisé chaque année par des dizaines de milliers de retraités pour réduire leur impôt tout en préparant leur succession. En contrepartie, le report des plafonds de déduction non utilisés passe de 3 à 5 ans, ce qui laisse une fenêtre pour optimiser ses versements avant l'âge fatidique. Concrètement, un épargnant de 68 ans imposé à 30 % qui verse 5 000 € sur son PER économise encore 1 500 € d'impôt cette année, mais perdrait cet avantage s'il attendait ses 71 ans. Voici ce que change précisément la réforme, pour qui, et comment adapter sa stratégie avant qu'il ne soit trop tard.
Jusqu'au 31 décembre 2025, tout titulaire d'un plan d'épargne retraite individuel pouvait déduire ses versements volontaires de son revenu imposable, quel que soit son âge. Cette règle permettait à de nombreux retraités de continuer à verser sur leur PER bien après la liquidation de leurs droits, dans un double objectif : réduire l'impôt sur le revenu au titre de l'année en cours et préparer une transmission avantageuse à leurs héritiers.
La loi de finances pour 2026 a modifié l'article 163 quatervicies du Code général des impôts pour mettre fin à cette possibilité. Concrètement, les versements volontaires réalisés à partir du 70e anniversaire du souscripteur ne peuvent plus être déduits du revenu imposable de l'année de versement (Source : Légifrance, article 163 quatervicies du CGI, version en vigueur depuis le 1er janvier 2026). Le PER reste ouvert et peut continuer à recevoir des versements après 70 ans, mais ceux-ci sont désormais traités fiscalement comme des versements « non déduits », avec une fiscalité de sortie plus favorable en contrepartie — les gains restant exonérés d'impôt sur le revenu à la sortie, seuls les prélèvements sociaux s'appliquant sur la part de plus-value.
Cette mesure ne concerne que le PER au sens strict (articles 163 quatervicies et 154 bis du CGI). Un point technique surprend de nombreux épargnants : les anciens contrats PERP non transférés vers un PER, régis par l'article 163 quinvicies, ne sont pas concernés par la restriction et conservent la déductibilité de leurs versements après 70 ans (Source : service-public.fr, actualité du 1er janvier 2026). Un épargnant ayant conservé son PERP d'origine sans le transformer en PER peut donc, à âge égal, bénéficier d'un traitement plus favorable que son voisin ayant transféré son contrat.
L'objectif affiché par le gouvernement est double : limiter l'usage du PER comme outil d'optimisation successorale tardive, et inciter les épargnants à préparer leur retraite plus tôt dans leur vie active plutôt qu'à l'approche du grand âge. Avant la réforme, il n'était pas rare que des contribuables de 75 ou 80 ans continuent à verser sur leur PER dans le seul but de réduire leur base taxable, sans intention réelle de percevoir un complément de retraite, avant de transmettre le capital à leurs enfants dans des conditions fiscales avantageuses.
Le PER conservait en effet un net avantage successoral par rapport à l'assurance-vie classique. En cas de décès du titulaire avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 € sur les sommes transmises, avec un prélèvement forfaitaire de 20 % jusqu'à 852 500 € après abattement, puis 31,25 % au-delà (Source : Direction générale des Finances publiques, BOFiP-Impôts, base BOI-TCAS-AUT-60). Passé 70 ans, l'abattement chute à 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires, tous contrats d'assurance-vie et de PER confondus. La déduction à l'entrée cumulée à cet avantage successoral rendait le PER particulièrement intéressant pour les versements tardifs — c'est précisément ce cumul que la réforme 2026 vient limiter côté fiscalité de l'entrée.
Sur le plan budgétaire, cette mesure s'inscrit dans un ensemble de dispositions de la loi de finances 2026 visant à réduire le coût des niches fiscales liées à l'épargne longue, dans un contexte où le déficit public reste sous surveillance. Le gouvernement estime que la déductibilité des versements PER après 70 ans représentait un coût fiscal significatif, concentré sur une population de contribuables aux revenus et au patrimoine souvent élevés (Source : economie.gouv.fr, dossier « Loi de finances 2026 : ce qui change pour les particuliers », janvier 2026).
Pour atténuer l'impact de cette suppression, la loi de finances 2026 allonge la durée de report des plafonds de déduction non utilisés : elle passe de 3 à 5 ans. Concrètement, un plafond non consommé en 2026 pourra être utilisé jusqu'à la fin de l'année 2031, en complément des plafonds générés les années suivantes (Source : service-public.fr, fiche F14709, mise à jour janvier 2026).
Cette mesure profite en particulier aux personnes qui n'ont pas utilisé tout leur plafond de déduction certaines années, par exemple lors d'une baisse temporaire de revenus, et qui souhaitent rattraper ce retard avant leurs 70 ans. Le plafond de déduction dépend du statut professionnel et repose sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), fixé à 48 060 € pour 2026 :
| Statut | Mode de calcul | Plafond 2026 (fourchette) |
|---|---|---|
| Salarié | 10 % des revenus professionnels de l'année précédente (dans la limite de 8 PASS), ou 10 % du PASS si plus favorable | 4 710 € à 37 680 € |
| Travailleur non salarié (TNS) | 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, majoré de 15 % sur la fraction comprise entre 1 et 8 PASS | jusqu'à 88 911 € |
| Couple marié ou pacsé | Mutualisation possible des plafonds sur option lors de la déclaration commune | somme des deux plafonds individuels |
Un couple marié dont l'un des conjoints n'a pas utilisé son plafond peut, sur option, mutualiser les deux enveloppes disponibles pour concentrer les versements déductibles sur la déclaration commune. Cette possibilité prend une importance particulière à l'approche de 70 ans, puisqu'elle permet à un conjoint plus jeune de continuer à bénéficier de la déduction pour le compte du couple, même si l'autre a déjà atteint la limite d'âge.
La réforme change concrètement la manière dont il faut planifier ses versements dans les années précédant le 70e anniversaire. Voici trois situations types.
Dans les trois cas, le réflexe à adopter est le même : simuler l'impact fiscal des versements avant la date anniversaire plutôt qu'après, et vérifier chaque année le montant exact du plafond disponible et reporté sur l'avis d'imposition, dans la rubrique dédiée à l'épargne retraite.
La réforme crée une différence de traitement entre les anciens contrats PERP, encore régis par l'article 163 quinvicies du CGI, et les PER individuels créés depuis la loi PACTE de 2019, régis par l'article 163 quatervicies. Seul ce dernier article a été modifié par la loi de finances 2026.
Un épargnant ayant conservé un PERP sans le transférer vers un PER continue donc, à 72 ou 75 ans, à pouvoir déduire ses versements volontaires de son revenu imposable, alors qu'un épargnant ayant transféré son PERP vers un PER — souvent sur les conseils de son établissement financier pour bénéficier d'une plus grande souplesse de sortie en capital — perd cet avantage dès 70 ans (Source : Légifrance, comparaison des articles 163 quatervicies et 163 quinvicies du CGI, version 2026). Cette situation, jugée incohérente par plusieurs experts en gestion de patrimoine, pourrait faire l'objet d'un ajustement dans une prochaine loi de finances, mais elle s'applique bel et bien en l'état pour 2026.
Avant de transférer un PERP vers un PER après 65 ou 68 ans, il est donc essentiel de comparer précisément les avantages et inconvénients de chaque contrat, la souplesse de sortie en capital du PER ne compensant pas toujours la perte de déductibilité après 70 ans.
Au-delà de la déduction à l'entrée, la fiscalité successorale du PER reste un enjeu majeur pour les versements réalisés après 70 ans. Les sommes versées après cet âge tombent dans l'enveloppe globale de l'abattement de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires et tous contrats confondus (assurance-vie et PER), contre un abattement individuel de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans.
En revanche, un point reste favorable : les intérêts et plus-values générés après 70 ans sur les sommes déjà versées échappent aux droits de succession, seul le capital versé étant soumis au régime des 30 500 €. Prenons un exemple concret : un épargnant place 80 000 € sur son PER à 71 ans ; à son décès, le contrat est valorisé à 120 000 €. Seuls les 80 000 € de capital versé entrent dans l'abattement global de 30 500 €, tandis que les 40 000 € de plus-value échappent totalement aux droits de succession (Source : Direction générale des Finances publiques, BOFiP-Impôts, base BOI-TCAS-AUT-60, mise à jour 2026).
| Situation | Avant 70 ans | Après 70 ans |
|---|---|---|
| Déduction fiscale à l'entrée | Oui, dans la limite du plafond | Non, depuis le 1er janvier 2026 |
| Abattement succession | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires |
| Plus-values au décès | Comprises dans l'abattement de 152 500 € | Exonérées de droits de succession |
| Report des plafonds non utilisés | 5 ans (contre 3 ans avant 2026) | Sans objet, plus de déduction possible |
Cette double contrainte — perte de la déduction et abattement successoral réduit — doit inciter les épargnants approchant de 70 ans à arbitrer clairement entre deux logiques : maximiser les versements déductibles avant l'échéance, ou orienter les sommes disponibles vers l'assurance-vie si l'objectif prioritaire est la transmission plutôt que la réduction d'impôt immédiate.
Plusieurs leviers concrets permettent de tirer le meilleur parti du dispositif avant qu'il ne bascule :
Le barème de l'impôt sur le revenu 2026, revalorisé de 0,9 % au titre de l'inflation, fixe les tranches à 11 % au-delà de 11 600 €, 30 % au-delà de 29 579 €, 41 % au-delà de 84 577 € et 45 % au-delà de 181 917 € par part (Source : economie.gouv.fr, barème de l'impôt sur le revenu 2026). Plus la tranche marginale d'imposition est élevée, plus l'intérêt de verser avant 70 ans est important : à TMI de 41 %, un versement de 8 000 € avant 70 ans permet une économie d'impôt de 3 280 €, contre zéro euro après.
Chaque situation dépend de l'âge exact, du statut professionnel, des plafonds déjà utilisés et des objectifs de transmission du foyer fiscal. Utilisez le simulateur d'épargne simfinly.com pour projeter l'impact de vos versements PER avant votre 70e anniversaire et calculer précisément l'économie d'impôt encore mobilisable selon votre tranche marginale d'imposition.