Depuis le 1er juillet 2026, la Banque de France a relevé pour la deuxième fois consécutive les plafonds du taux d'usure : jusqu'à 5,29 % pour les crédits immobiliers de 20 ans et plus, contre 5,19 % au trimestre précédent. Cette hausse de quelques centièmes de point paraît anecdotique, mais elle suffit à débloquer des dossiers de prêt refusés quelques semaines plus tôt pour un simple dépassement de seuil légal. Plusieurs dizaines de milliers d'emprunteurs pourraient ainsi voir leur dossier repasser sous la limite autorisée cet été. Dans cet article, découvrez comment est calculé le taux d'usure, quels sont les nouveaux plafonds par durée et par type de crédit, et comment savoir si votre projet immobilier ou votre crédit à la consommation est concerné.
Le taux d'usure est le taux annuel effectif global (TAEG) maximum qu'un établissement de crédit a le droit de pratiquer lorsqu'il accorde un prêt à un particulier. Ce plafond, fixé chaque trimestre par la Banque de France, s'applique aussi bien aux crédits immobiliers qu'aux crédits à la consommation. Son objectif est simple : empêcher les banques de prêter à des conditions abusives, en particulier aux emprunteurs les plus fragiles financièrement (Source : Banque de France, juillet 2026).
Le TAEG ne se limite pas au taux nominal affiché sur l'offre de prêt. Il agrège l'ensemble des coûts obligatoires supportés par l'emprunteur : les intérêts, les frais de dossier, les frais de garantie (hypothèque ou caution) et surtout l'assurance emprunteur, qui peut représenter à elle seule jusqu'à la moitié du coût total d'un crédit immobilier. Dès que ce TAEG dépasse le taux d'usure en vigueur, la banque n'a plus le choix : elle doit légalement refuser le dossier, quelle que soit la qualité du profil de l'emprunteur.
C'est justement ce mécanisme qui explique pourquoi une hausse de 0,07 à 0,10 point du plafond, comme celle du 1er juillet 2026, peut avoir un effet réel sur le marché du crédit. De nombreux dossiers ne sont pas refusés pour un risque de solvabilité, mais simplement parce que leur TAEG dépassait le seuil légal de quelques centièmes de point — souvent à cause du coût de l'assurance emprunteur (Source : Moneyvox, juillet 2026).
Chaque trimestre, la Banque de France publie une nouvelle grille de taux d'usure, différenciée selon la durée du prêt pour l'immobilier et selon le montant emprunté pour le crédit à la consommation. Voici les plafonds applicables depuis le 1er juillet 2026, comparés à ceux du trimestre précédent :
| Type de crédit | Taux d'usure au 2ᵉ trimestre 2026 | Taux d'usure au 3ᵉ trimestre 2026 |
|---|---|---|
| Immobilier, moins de 10 ans | 4,00 % | 4,07 % |
| Immobilier, 10 à moins de 20 ans | 4,48 % | 4,57 % |
| Immobilier, 20 ans et plus | 5,19 % | 5,29 % |
| Consommation, prêts ≤ 3 000 € | ~23,5 % | 23,53 % |
| Consommation, prêts de 3 000 € à 6 000 € | > 15,67 % | 15,67 % |
Pour l'immobilier, la hausse est générale sur les trois tranches de durée, avec un gain compris entre 0,07 et 0,10 point selon la durée du prêt. Pour la consommation, la tendance est plus contrastée : les petits prêts de trésorerie (jusqu'à 3 000 €) restent quasiment stables, tandis que les prêts de 3 000 € à 6 000 € affichent une légère baisse par rapport au trimestre précédent (Source : Banque de France, juillet 2026).
Concrètement, pour un emprunt immobilier sur 20 ans et plus, un dossier dont le TAEG se situait entre 5,19 % et 5,29 % — et qui aurait donc été automatiquement refusé au deuxième trimestre — devient légalement finançable depuis le 1er juillet. Ce n'est pas un bouleversement du marché, mais pour les dossiers « à la marge », c'est parfois la différence entre un refus et un accord.
Il est important de ne pas confondre les deux grilles de taux d'usure. Pour l'immobilier, la Banque de France distingue les plafonds uniquement selon la durée du prêt : moins de 10 ans, de 10 à moins de 20 ans, et 20 ans et plus. Le montant emprunté n'entre pas directement dans le calcul du seuil, même s'il influence évidemment le niveau de risque perçu par la banque et donc le taux nominal proposé.
Pour le crédit à la consommation, la logique est inversée : c'est le montant emprunté, et non la durée, qui détermine la catégorie de taux d'usure applicable. Un prêt personnel de 2 000 € pour un projet de loisirs n'obéit pas au même plafond qu'un crédit auto de 15 000 €, même si les deux sont remboursés sur trois ans. Cette distinction explique pourquoi les plafonds de la consommation, exprimés en dizaines de pourcents, paraissent si élevés comparés à ceux de l'immobilier : ils couvrent des petits montants sur de courtes durées, avec un risque de défaut structurellement plus élevé pour le prêteur (Source : Service-public.fr, 2026).
Autre différence notable : les taux d'usure de la consommation évoluent historiquement de façon plus erratique que ceux de l'immobilier, car le TEM qui leur sert de base est plus sensible aux variations de mix produit d'un trimestre à l'autre (crédit renouvelable, prêt personnel, location avec option d'achat). C'est ce qui explique la quasi-stabilité des petits montants et la légère baisse des tranches intermédiaires au 3ᵉ trimestre 2026, alors même que l'immobilier progresse sur l'ensemble de ses tranches.
Le calcul du taux d'usure obéit à une formule fixée par le Code de la consommation : il correspond au taux effectif moyen (TEM) pratiqué par les banques au trimestre précédent, augmenté d'un tiers, soit 133 % du TEM constaté. Pour obtenir ce TEM, la Banque de France mène chaque trimestre une enquête auprès d'un échantillon représentatif d'établissements de crédit, portant sur les taux réellement appliqués par catégorie de prêt. Une moyenne arithmétique des TAEG observés est ensuite pondérée par les volumes d'encours de chaque établissement (Source : Banque de France, juillet 2026).
Cette révision est en principe trimestrielle, avec une entrée en vigueur au premier jour de chaque trimestre civil (1er janvier, 1er avril, 1er juillet, 1er octobre). Elle a toutefois été exceptionnellement mensualisée entre février et décembre 2023, en pleine remontée brutale des taux directeurs, pour éviter que des emprunteurs ne reportent leur projet d'un trimestre entier dans l'attente d'un relèvement du plafond. Depuis le retour à la stabilité des taux directeurs de la Banque centrale européenne, le rythme trimestriel est redevenu la norme.
La hausse observée au 3ᵉ trimestre 2026 reflète donc mécaniquement une remontée des taux moyens pratiqués par les banques au 2ᵉ trimestre, elle-même liée au léger resserrement monétaire évoqué par la Banque centrale européenne en juin et à la remontée de l'inflation à 2,4 % en mai 2026, qui pousse les établissements bancaires à revoir leurs barèmes à la hausse (Source : Banque de France, juillet 2026).
Le taux d'usure n'a pas toujours été aussi tendu qu'aujourd'hui. Début 2025, le plafond pour les crédits immobiliers de 20 ans et plus atteignait encore 5,67 %. Il est ensuite redescendu à 5,31 % en avril 2025, puis à 5,08 % en juillet 2025 — son point le plus bas depuis le pic de la crise des taux de 2023, porté par l'assouplissement monétaire de la BCE et la détente des taux longs de l'État français (l'OAT à 10 ans).
Depuis, la tendance s'est inversée : le plafond est remonté à 5,19 % au deuxième trimestre 2026, puis à 5,29 % au troisième trimestre. C'est la première fois depuis mi-2025 que le taux d'usure enregistre deux hausses trimestrielles consécutives, un signal que les taux de marché du crédit immobilier ne se détendent plus aussi facilement qu'en 2025.
Cette évolution en dents de scie illustre un point souvent mal compris par les emprunteurs : le taux d'usure ne baisse pas nécessairement quand c'est le meilleur moment pour emprunter. Il suit avec un trimestre de décalage les taux réellement pratiqués par les banques — il peut donc rester élevé alors que le marché se retourne, ou au contraire freiner l'accès au crédit pendant une phase de remontée des taux, comme cela avait été le cas fin 2023.
Pour une partie des emprunteurs, ce relèvement de 0,07 à 0,10 point est une bonne nouvelle concrète. Il s'agit typiquement des dossiers dont le taux nominal proposé par la banque est correct, mais dont le TAEG global dépassait de peu le plafond à cause de frais de dossier, d'une garantie coûteuse ou d'une assurance emprunteur légèrement au-dessus de la moyenne. Pour ces profils, il est pertinent de représenter un dossier refusé quelques semaines plus tôt pour ce seul motif (Source : Moneyvox, juillet 2026).
En revanche, pour d'autres catégories d'emprunteurs, cette hausse ne change presque rien. C'est notamment le cas des emprunteurs seniors ou de ceux ayant des antécédents médicaux graves, dont l'assurance emprunteur peut représenter 2 à 3 % du capital emprunté en surprime, en plus du taux nominal. Ce surcoût suffit à lui seul à faire dépasser le plafond d'usure, quelle que soit la qualité du taux d'intérêt négocié par ailleurs.
Pour ces profils, le principal levier reste la délégation d'assurance emprunteur, permise depuis la loi Lemoine de 2022 : elle autorise à substituer, à tout moment et sans frais, l'assurance groupe de la banque par un contrat individuel équivalent, souvent moins cher. Un dossier peut ainsi passer d'un TAEG de 3,66 % (avec une assurance groupe à 0,36 %) à 3,45 % (avec une assurance déléguée à 0,15 %), ce qui redonne une marge précieuse face au plafond d'usure.
Faire appel à un courtier en crédit immobilier peut également aider à repasser sous le plafond : ces professionnels connaissent les grilles de taux et les politiques d'assurance de plusieurs dizaines de banques et peuvent orienter un dossier vers l'établissement dont le TAEG global reste le plus compétitif pour un profil donné, notamment pour les emprunteurs âgés de plus de 55 ans ou présentant un risque aggravé de santé.
Prenons le cas d'un couple de primo-accédants de 35 ans, avec un revenu net cumulé de 4 800 € par mois, qui emprunte 250 000 € sur 25 ans. Au deuxième trimestre 2026, avec un taux nominal de 3,45 % et une assurance groupe à 0,38 %, leur TAEG ressortait à environ 4,50 %, sous le seuil de 5,19 % en vigueur à l'époque : leur dossier n'a jamais été menacé par le taux d'usure, mais la marge disponible s'est simplement élargie avec la hausse à 5,29 %.
Deuxième exemple : un célibataire de 42 ans souhaite financer 5 000 € de travaux via un crédit à la consommation. Avec un TAEG proposé à 6,90 %, largement sous le plafond de 15,67 % applicable aux prêts de 3 000 € à 6 000 €, aucun problème ne se pose ici — le taux d'usure ne concerne, dans les faits, que les profils empruntant à des conditions très dégradées.
Troisième situation, plus tendue : un emprunteur senior de 62 ans, en bonne santé mais avec un antécédent cardiaque déclaré, emprunte 150 000 € sur 15 ans pour un investissement locatif. Le taux nominal proposé est de 3,60 %, mais l'assurance emprunteur, du fait de son âge et de son état de santé, atteint 1,10 % du capital emprunté par an. Résultat : un TAEG proche de 4,80 %, contre un plafond de 4,57 % au deuxième trimestre 2026 — dossier refusé. Avec le relèvement à 4,57 % puis en recalculant avec une assurance déléguée moins chère (0,70 % au lieu de 1,10 %), son TAEG redescend sous les 4,50 %, sous le nouveau plafond : son dossier redevient finançable.
Quatrième cas : une jeune active de 28 ans, éligible au prêt à taux zéro (PTZ), emprunte 180 000 € sur 22 ans pour son premier achat, dont 35 000 € via un PTZ à 0 %. Le taux nominal du prêt principal est de 3,55 % et l'assurance déléguée choisie ressort à 0,18 %, pour un TAEG global d'environ 3,85 %, très en dessous du plafond de 4,57 % applicable aux prêts de 10 à moins de 20 ans. Ce profil illustre bien que la majorité des emprunteurs standards ne sont, en pratique, jamais menacés par le taux d'usure : ce sont surtout les dossiers combinant taux nominal élevé, frais importants et surprime d'assurance qui viennent buter contre le plafond.
Avant de vous engager, il est essentiel de connaître précisément le TAEG de votre projet, sa mensualité et le coût total du crédit, immobilier ou à la consommation, pour vérifier sa cohérence avec les plafonds d'usure en vigueur. Utilisez le simulateur simfinly.com pour estimer en quelques clics votre mensualité, le coût total de votre crédit et l'impact de l'assurance emprunteur sur votre taux global.